Les symboles du tapis berbère : ce que racontent les losanges
Losange, chevron, damier, peigne : le vocabulaire des dessins berbères du Moyen et du Haut Atlas, comment il se transmet, et comment lire un tapis avant de le choisir.
Un tapis berbère se lit. Sur un fond clair, des losanges, des chevrons, des lignes brisées, des croix : un vocabulaire, composé dans le Moyen et le Haut Atlas et transmis de mère en fille depuis des siècles, sans modèle écrit ni cahier de dessins.
Un alphabet sans alphabet
Personne n'a jamais publié le dictionnaire des signes berbères, et c'est volontaire : chaque famille, chaque vallée, décline le répertoire à sa façon. Une tisseuse apprend en regardant sa mère, puis compose. Le résultat porte la main de celle qui l'a fait, ce qui explique qu'aucun tapis ancien ne soit la copie exacte d'un autre, même dans un seul village.
Les ethnographes qui ont travaillé au Maroc au siècle dernier ont relevé des constantes d'une région à l'autre. Ce sont ces constantes qu'on retrouve dans les dessins d'aujourd'hui.
Les signes qui reviennent
- Le losange : le plus répandu. On y lit un œil, une protection, souvent une figure féminine. Répété en colonne, il structure tout le champ du tapis.
- Les chevrons et les lignes brisées : l'eau, la rivière, le chemin. Ils courent en bandes d'un bord à l'autre.
- La croix et le X : un carrefour, un croisement, parfois le métier à tisser lui-même.
- Le damier : les champs cultivés vus depuis les hauteurs, en parcelles.
- Le peigne et le triangle : les outils du tissage, inscrits dans le tapis par celles qui les manient.
- Les points et les traits épars : les graines, la pluie, ce qu'on sème.
Trois écritures, trois régions
Les Beni Ouarain, du nord-est du Moyen Atlas, tiennent le tracé au minimum : un fond écru, des losanges et des lignes sombres, beaucoup de vide. Le silence fait partie du dessin.
Les Azilal, du Haut Atlas central, font l'inverse : lignes, symboles et couleurs posés librement, sans grille, avec des figures qui apparaissent là où la tisseuse a décidé de les mettre. Chaque tapis raconte quelque chose de précis à celle qui l'a composé.
Les M'rirt tiennent le milieu : un velours dense, un dessin retenu, des couleurs sourdes.
Lire un tapis avant de le choisir
Avant de regarder la taille et le prix, regardez le dessin. Un champ de losanges serrés remplit visuellement une pièce et la rétrécit un peu. Des losanges espacés sur un grand fond clair agrandissent. Des bandes horizontales élargissent une pièce étroite ; un couloir de symboles allonge une entrée.
C'est pour cela que chacun de nos modèles porte un prénom berbère et sa traduction : Arinas, la rose. Massilya, de la dynastie des Massyles. Dasin, la poétesse touarègue. Le dessin a une origine, et le tapis qui le reprend la garde.
Pour choisir le format, voyez notre guide des tailles. Pour comprendre la différence entre les trois grandes familles, l'article quel dessin berbère choisir les met côte à côte.
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